Les tendances sont aux jeux de batailles. Le cadre de référence Mieux soutenir nos garçons les recommande et de nombreux centres de la petite enfance (CPE) se sont dotés d’une politique les supportant.

Mais qu’en est-il réellement? Doit-on, ou non, permettre à nos enfants de se chamailler? Dans quel cadre? Sous quelle forme?

Notre équipe a recensé une liste des arguments de chaque parti pour t’aider à mieux prendre ta décision.

Plusieurs experts le recommandent, notamment, Alexandre Paquette, éthologue et professeur en psychoéducation de l’Université de Montréal, qui milite depuis plusieurs années pour les jeux de batailles

«Je travaille sur la violence depuis des années et on met tout là-dedans. Je suis un peu tanné de ça. Il faut démystifier la notion de violence. Quand c’est un jeu, c’est un jeu, c’est pas de la violence.»

 

La bataille comme jeu permis

En effet, c’est ce que les recherches nous démontrent: les jeux de batailles doivent être acceptés sous forme de jeu. En ce sens, il faut s’assurer que les deux enfants sourient, semblent bien et avoir du plaisir. On prône également l’encadrement de ces jeux, car lorsqu’ils ne sont pas encadrés et permis, les enfants ont tendance à adopter, de toute façon, ces comportements en cachette, et c’est là que ça peut dégénérer.

 

Des statistiques rassurantes 

Les études démontrent que les jeux de batailles occupent tout au plus 5% du temps des moins de 5 ans, 13,3% de celui des 7 ans et 4,6% à l’âge de 11 ans. Ainsi, ils n’en feront pas leur occupation principale. L’humain étant un mammifère, monsieur Paquette soutient qu’il est normal pour lui de s’adonner de manière ludique à des batailles, tant que ça demeure contrôlé.

 

Des enfants plus habiles à gérer les conflits 

Les recherches démontrent de nombreux bienfaits à ces jeux, notamment la dépense énergétique qui y est liée, mais également, contrairement à ce qu’on pourrait croire, une meilleure aptitude des enfants à régler les conflits pacifiquement. On remarque également que les enfants qui s’adonnent aux jeux de batailles ont une meilleure intelligence émotionnelle et sociale et que ces jeux favorisent leur équilibre psychologique.

Finalement, les enfants qui s’adonnent à ce type de jeux apprennent à mettre leur corps en danger, à prendre des risques et à se protéger, ce qui est totalement sain pour leur développement.

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Quand doit-on intervenir?

Nous l’avons vu plus haut, ces jeux ne devraient pas représenter plus de 15% du temps des enfants. Il est donc inquiétant de voir un enfant qui ne s’adonne qu’à ça. Par exemple, créer un fusil une fois de temps en temps avec ses blocs, c’est sain. Passer 90% de son temps de jeu avec un fusil dans les mains, c’est là que c’est inquiétant et qu’il faut encadrer.

On souligne également qu’il faut intervenir avant que ces jeux ne dégénèrent. C’est d’ailleurs souvent la peur que cela dégénère, ou que le jeu ne demeure pas un jeu, qui effraie plusieurs adultes et les poussent à l’interdire. Le jeu de bataille en soi n’est pas un comportement «violent» et s’il le devient, c’est là qu’on se doit d’intervenir. 

Par exemple, si on remarque qu’un ou plusieurs enfants impliqués n’ont pas de plaisir, que ce sont toujours les mêmes qui dominent le jeu ou si on remarque que la bataille amicale se transforme en jeu violent. 

On remarque aussi qu’une absence d’encadrement peut causer un trop plein d’agressivité. Dans ces cas, les bagarres servent principalement à résoudre un conflit de manière physique en évitant de le régler avec les mots, ce qui doit être proscrit.

 

Différencier la bataille de la violence 

Voici quelques facteurs de différenciation:

  • L’enfant contrôle sa force pour éviter de blesser l’autre.
  • L’enfant sourit, a du plaisir.
  • Il y a des règles établies, il s’agit d’un jeu.
  • Chacun a la chance de gagner ou alors il n’y a pas de gagnant.
  • Les blessures ne sont pas intentionnelles.
  • Les enfants n’ont aucune rancune à la suite de la bataille, ils retournent jouer ensemble.

 

Comment peut-on éviter les jeux de violence chez nos enfants?

On remarque que les jeux vidéos causent plus de violence chez les enfants; les écrans peuvent aussi en être la cause. Un enfant de 4 ans qui est exposé à deux heures d’émission jeunesse par jour devient témoins de 10 000 actes violents de plus dans l’année qu’un enfant qui ne regarde pas la télévision. 

Dans les jeux vidéos, l’impact devient plus important. L’enfant se retrouve à incarner l’agresseur et donc à s’identifier à ce dernier. De plus, on constate que d’exposer les enfants à des images violentes diminue leur empathie et les rend moins enclins à aider les autres.

Est-ce que les jeux de bataille sont acceptables pour toi? 

Si oui, sous quelles formes et dans quelles conditions?

 

Références: 

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1027501/cpe-jeux-bataille-guerre-cadre
https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/jeux/fiche.aspx?doc=jeux-bataille
 https://www.lesoleil.com/actualite/education/plaidoyer-pour-les-jeux-de-bataille-dans-les-cpe-b0e553cf032be720925926a7a0ad5bef
CAMPBELL, Brigitte, Francine LECLAIR et Fanny GUERTIN. «Maman, papa, j’ai frappé un copain… mais j’ai pas fait exprès», Revue préscolaire, vol. 52, no 1, hiver 2014, p. 54-55. www.aepq.ca
FILION, Rolande. «En ces temps difficiles, devons-nous interdire aux enfants de jouer à des jeux guerriers et de bataille?», Revue préscolaire, vol. 55, no 4, automne 2017, p. 5-8. www.aepq.ca
Cadre de référence Mieux soutenir nos garçons
Rockio Pépito, les fondamentaux. Programme d'intégration ludique des réflexes archaïque lien à la sécurité intérieure (Moro et RPP).

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