Dans notre société numérique, où les écrans surplombent notre quotidien et où les enfants sont de plus en plus sédentaires, un terme fait son apparition sur les lèvres de certains experts: le jeu risqué.

Cette sédentarité est typique à notre société occidentale, car il n’est pas rare dans plusieurs pays de voir des enfants en bas âge s’adonner à des activités risquées. Par exemple, les enfants d’Afrique centrale manipulent les couteaux dès l’âge de deux ans. On ne verrait jamais cela au Québec!

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de définir le jeu risqué. La définition la plus juste est la suivante:

«Des formes palpitantes de jeu actif associé à de l’incertitude et à des possibilités de blessure physique.» – Enfant encyclopédie

 

8 types de jeu risqué 

Pour qu’un jeu soit risqué, il doit  comporter un ou plusieurs des aspects suivants: 

  • Les jeux en hauteur, qui présentent un risque de chute; les suspensions, de balancement ou alors tous les endroits où l’enfant peut grimper.
  • Les jeux où l’enfant n’a pas de contrôle sur sa vitesse et son rythme. Par exemple, les glissades sur des buttes glacées l’hiver.
  • Les outils dangereux comme les marteaux, les clous, les scies, les couteaux et les cordes.
  • Les jeux à proximité d’espaces dangereux comme des feux ou des piscines.
  • Les jeux turbulents et désorganisés, par exemple les jeux de bagarres.
  • Les jeux où l’enfant est laissé à lui-même avec peu ou pas de supervision ou sans limites claires de démarcations.
  • Les jeux où les enfants foncent volontairement dans des objets. Par exemple des auto tamponneuses improvisées.
  • Le jeu par procuration où on observe des enfants plus âgés ou plus téméraires s’adonner à des jeux dangereux.

 

Une baisse d’anxiété et des habiletés motrices plus développées 

En effet, tout comme révèlent les études sur la motricité libre pour les poupons, il est démontré qu’un enfant à qui on permet de grimper librement et d’explorer son environnement sans contrainte aura une meilleure conscience des limites de son corps et de ses capacités. 

Par exemple, le fait de grimper aux arbres permet d’expérimenter, à un moment ou un autre, le craquement d’une branche sous les pieds et ainsi, de jauger le poids sur chacune des branches pour éviter la chute. Toutes ces expériences permettent donc à ces jeunes d’avoir des habiletés motrices plus développées. On note également que la pratique du jeu risqué durant l’enfance réduit les risques d’anxiété et la tendance à la prise de mauvaises décisions et de risques à l’âge adulte.

 

Des jeunes qui gèrent mieux les conflits

Au niveau social, les jeunes qui ont facilement accès aux jeux extérieurs non supervisés ont de meilleurs comportements sociaux, sont plus indépendants et ont de meilleures aptitudes en résolution de conflits.

Il existe donc de nombreux bienfaits au jeu risqué extérieur et pourtant, les études démontrent que les enfants passent près de 7,5 heures à des activités sédentaires. Ce sont moins de 9% des jeunes de moins de 17 ans qui font au minimum 60 minutes d’activité physique intense à modérée chaque jour.  

 

Le jeu risqué de plus en plus absent 

Il existe de nombreuses explications à l’absence de jeu risqué, le premier étant celui des assurances. Dans un contexte encadré, comme à l’école ou en milieu de garde, les blessures associées aux jeux risqués ne sont pas couvertes par les assurances du milieu. Certains milieux optent pour des assurances qui couvrent ce type de risques, mais celles-ci sont plus coûteuses et ce sont donc des milieux dont la pédagogie est vraiment axée sur le jeu risqué. Autrement, on note une supervision accrue des adultes et donc des interventions qui briment l’exploration de l’enfant en nature.

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La surprotection parentale

À force de vouloir intervenir dans les modes de vie de nos enfants pour nous assurer qu’ils sont en santé, en sécurité et heureux, nous finissons parfois par obtenir l’effet inverse. C’est ce qu’on appelle le paradoxe de la protection.

Il est de plus en plus rare de voir des enfants au parc ou en nature sans supervision parentale. Le parent intervient et brime donc la possibilité pour l’enfant de découvrir son univers et les possibilités qui l’entourent. Cela affecte également tout le développement de l’autonomie de l’enfant relié au jeu libre risqué et ce, malgré les études qui démontrent tous les bienfait psychologiques, affectifs et sociaux du jeu risqué. Les risques de blessures causés par le jeu se tempèrent par l’apprentissage de l’enfant de ses propres limites et possibilités.

L’objectif est de les laisser apprivoiser le risque et ressentir dans leur propre corps où se situe le danger. Ils affinent la compréhension de leurs limites. Ils joueront avec beaucoup plus de conscience et deviendront de plus en plus responsable de leurs actes.

 

Comment l’apprivoiser et l’introduire? 

L’introduction du jeu risqué dans notre mode d’intervention ne se fait pas du jour au lendemain. Cependant, en considérant tous les bienfaits qui y sont associés, il convient de mettre en place, graduellement, certaines actions qui permettront de tendre vers le jeu risqué. Voici certaines pistes à explorer:

  • Lors des jeux au parc, permettre d’explorer les modules de jeu de manière hors norme; grimper par la glissade ou utiliser des aires de jeu destinées aux enfants plus vieux lorsqu’elles sont vides ou peu occupées.
  • Laisser les enfants grimper dans les arbres.
  • Fréquenter les terrains vagues, les boisés et autres endroits naturels plutôt que les modules de jeux.
  • S’éloigner lorsque les enfants jouent pour éviter d’interférer dans le jeu.
  • Avant de faire une intervention, compter dans sa tête le plus longtemps possible en ayant confiance en la capacité de l’enfant.
  • Réduire ses interventions de moitié.

Je te propose un petit truc. La prochaine fois que tu vas au parc, essaie de compter jusqu’à 60 dans ta tête avant d’intervenir avec ton enfant. Pendant que tu comptes, tu peux énumérer tous les risques possibles. Du plus grave au plus probable. Ça se peut que finalement, tu n’interviennent pas.

 

Est-ce que tu imposes les limites que tu as reçues?

Rappelle-toi de ton enfance et des limites qui t’étaient imposées. Imposes-tu plus de limites aux enfants qu’on t’en a imposées? Pourquoi sommes-nous aussi protecteurs envers nos enfants? De quoi avons-nous peur? 

Est-ce que tes enfants ou ceux que tu côtoies s’adonnent aux jeux risqués? 

Si oui, lesquels? Comment fais-tu pour combler l’aspect sécurité tout en les laissant expérimenter?  

 

 

Références:
https://naitreetgrandir.com/fr/dossier/tout-le-monde-dehors/pour-le-jeu-libre-et-risque/
https://www.enfant-encyclopedie.com/jeu-exterieur/selon-experts/jeu-risque-lexterieur
https://www.cpha.ca/fr/le-jeu-risque-essentiel-au-developpement-de-lenfant
 https://centdegres.ca/magazine/activite-physique/services-de-garde-3-strategies-jeu-risque-et-securite-des-enfants/
ParticipACTION, 2015, «Garder les enfants à l’intérieur: un plus grand risque», Bulletin de l’activité physique chez les jeunes de ParticipACTION, Toronto (Ontario).
Rockio Pépito, les fondamentaux. Programme d'intégration ludique des réflexes archaïque lien à la sécurité intérieure (Moro et RPP).

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